L’identité française au péril de l’intégration

Depuis des décennies, une nouvelle génération de jeunes sort des ghettos pour émerger et s’engager dans la vie sociale. Elle se prend en main, se forme, s’instruit, s’engage sur les questions sociales et assume le débat politique. Elle interpelle les autorités et s’interroge sur la pertinence des choix qui sont faits : « De quelle école disposons-nous ? Quels emplois nous sont proposés ? Quelle politique urbaine  est avancée ? ».

Les aspirations citoyennes de cette nouvelle jeunesse française sont bousculées par un contexte agité. L’évolution des mœurs, l’état de guerre permanent, la menace continuelle des attentats et l’arrivée toujours plus massive de migrants les obligent à constater, à reconnaître et à ne jamais nier le sentiment de peur provoqué par la réalité de leur temps. Cette peur appelle la nécessité de se redéfinir en dépit d’un discours médiatique toujours plus alarmiste qui ne permet ni la réalisation véritable de possibles solutions ni la promotion de valeurs de citoyenneté communes.

L’intégration c’est surtout des êtres humains avec leurs histoires, leurs sensibilités et leurs perceptions.

Parler d’identité c’est souvent se borner aux questions de la langue et de la culture. Ce faisant, on oublie l’essentiel car l’intégration c’est surtout des êtres humains avec leurs histoires, leurs sensibilités et leurs perceptions. Lorsque l’on débarque d’un autre pays, on se heurte à une rupture dans la compréhension de sa propre présence. On pénètre un nouvel univers avec ses propres codes culturels et langagiers mais aussi ses propres rapports de force politiques et intellectuels. La première difficulté pour les citoyens issus de l’immigration a ainsi résidé dans une double distorsion. L’expérience historique de leurs ascendants arrivés dans un pays dont ils ne connaissaient ni la langue ni les enjeux culturels. Ils se sont installés en France sans entreprendre de revisiter leur propre histoire.

Puis, les années ont passé. En l’espace de deux générations, une révolution intellectuelle s’est opérée. Leur lecture du monde par la maîtrise de la langue, la conscience des enjeux, l’affirmation de leur citoyenneté ont été saisis comme producteurs du pluralisme dans les sociétés d’accueil. En retour, la perception des Français qui les ont accueillis et qui les considéraient naguère comme des visiteurs a été transformée par ce à quoi les enfants sont eux-mêmes finalement parvenus, à savoir se positionner comme des citoyens déterminés à rester et à vivre dans ce pays qu’ils chérissent tant. On ne mesure pas toujours la portée extraordinairement positive de cette séquence historique.

Mais il reste encore du chemin. D’un côté, parqués dans leurs quartiers, beaucoup de Français issus de l’immigration peinent encore à entrer dans ce rapport spécifique puisqu’ils traînent avec eux une totale méconnaissance des enjeux sociaux de leur pays. Or, comment partager le sentiment d’appartenance de ses concitoyens si on méconnait soi-même la réalité qui nous entoure ? De l’autre, certains acteurs politiques bien lotis dans leurs salons parisiens n’entrevoient la réalité des banlieues qu’à travers le prisme des altérités géographiques.

… l’intégration appelle impérativement la prise en compte … de la réalité sociale et la situation géographique.

Si, par un effet cumulé, la spécificité culturelle est perçue comme un obstacle, la situation sociale elle-même peut être perçue comme un problème. Si on y greffe le déclassement social de « banlieusard marginalisé », on se trouve inévitablement frappé d’ostracisme. Raison pour laquelle, la question de l’intégration appelle impérativement la prise en compte des données incontournables que sont la réalité sociale et la situation géographique. A cela s’ajoute la perception de l’islam qui demeure aujourd’hui une religion de l’altérité. On peine encore à admettre que c’est une religion française. On parle d’islam DE France ou d’islam EN France comme si l’islam n’était que de passage, toujours étrangère, toujours différente.

… être français est autant le produit d’un choix qu’un héritage …

Aussi, il faut se garder d’islamiser et d’ethniciser tous les paramètres en menant une véritable politique à long terme pour traiter des vrais problèmes sociaux liés à l’école, au vivre ensemble, à l’urbanisme et à la mixité sociale. En agissant ainsi, on honore notre engagement citoyen et on assume un vrai projet de société. En cela, être français est autant le produit d’un choix qu’un héritage qu’il convient d’inscrire sur le temps long de l’expérience historique.

Hocine Kerzazi

Hocine K. est Châtelleraudais et enseigne les lettres et l’histoire au CFA agricole de Thuré.
Il prépare actuellement une thèse sur « le discours religieux dans l’enseignement de l’islam en France ».

 

Articles La Nouvelle République :

« Un Châtelleraudais répond à une série de questions sur sa ville »  ICI

Pétition pour dire  » stop aux incivilités  » ICI

 » Faire des musulmans des partenaires, non des ennemis  » ICI

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