« Je ne peux pas me taire ! »

Ahmed Ben Djillali est Français. Musulman. Conseiller municipal. Parce que les attentats l’ont meurtri, il a pris la plume. Lettre ouverte d’un simple citoyen.

« Bonjour, je vais d’abord me présenter. Ahmed Ben Djillali, devenu Français étant mineur car mes parents d’origine marocaine ont fait le choix de la France. Depuis 2008, je suis conseiller municipal de la ville de Châtellerault et suis très fier d’entamer mon second mandat. Participer à la vie locale est une vraie source d’enrichissement. Etre élu de terrain m’engage quotidiennement auprès des Châtelleraudais. »

« Je ne peux me taire face aux deux drames qui viennent de frapper la France : l’attentat de Nice et celui de Saint-Etienne-de -Rouvray. Deux symboles sont attaqués, celui de la République au travers de sa Fête nationale et celui de la croyance religieuse. Je suis meurtri en ma qualité d’élu, profondément peiné et endeuillé en tant que croyant. »
« Le jour du 14 Juillet, j’étais au balcon avec famille et amis afin d’admirer le magnifique spectacle du feu d’artifice de Châtellerault. Pour terminer cette belle soirée, nous sommes rentrés pour regarder celui de Paris à la télévision. Il était splendide. Mais en bas de l’écran apparut un flash spécial. L’horreur venait de se produire à Nice. Une ville que je connais bien. »
« Le 26 juillet, à 12 h, dans le cadre de mon activité professionnelle j’ai dû vérifier le bon fonctionnement d’une antenne satellite. En manipulant les chaînes, un flash spécial en bas de l’écran, un drame survenu à Saint-Etienne-du- Rouvray. Par deux fois des sensations de colère, de rage, de haine m’ont envahi. »

Ces assassins ne sont pas et ne peuvent être des musulmans.

« Quels assassins venaient de tuer lâchement des civils, des familles, des enfants, des innocents ? Une crainte, une interrogation est venue à mon esprit : pourvu que les auteurs de ces atrocités ne soient pas des «  Arabes  ». Malheureusement les faits ont confirmé mes craintes. Je suis de confession musulmane et je ne peux pas accepter que ces individus puissent commettre de tels actes au nom de l’islam. C’est inacceptable et impossible à concevoir. Un texte du Coran dit ceci : «  Qui tue un être humain a tué toute l’humanité  ». Tout mon entourage familial et amical a condamné cet acte odieux et inacceptable. Ces assassins ne sont pas et ne peuvent être des musulmans. Ils ne représentent pas l’islam. Ils ne représentent qu’eux-mêmes dans l’horreur, la barbarie et l’indignation. »
« Le poète Tahar Djaout a dit : «  Le silence, c’est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors, dis et meurs !  » Nous n’avons pas d’autre choix que de nous réunir, de dire, d’agir collectivement pour faire cesser ces abominations. Plus que de discours c’est des actions concrètes qu’il nous faut mener. Comment ? A nous de les définir et d’agir à notre mesure, en simple citoyen. »

Ahmed Ben Djillali

Ahmed B. est Châtelleraudais, gardien d’immeuble, conseiller municipal délégué à la GUP et à la sécurité routière.

Entretien avec Denys Frétier  / La Nouvelle République   ICI

 

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